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Accord Mercosur – Union européenne

Après plus de 25 ans de négociations, l’Union européenne (UE) et le Mercosur ont signé, le 17 janvier 2026, un accord commercial prévoyant la création de l’une des plus vastes zones de libre-échange au monde. Ensemble, les deux blocs regroupent plus de 700 millions de consommateurs et représentent environ 30 % du produit intérieur brut (PIB) mondial. Cet accord constitue une étape majeure dans les relations économiques entre l’Europe et l’Amérique du Sud, avec des impacts directs pour les entreprises européennes souhaitant s’implanter ou renforcer leur présence au Brésil.

L’accord prévoit la réduction ou l’élimination progressive des droits de douane à l’importation et à l’exportation dans le cadre des échanges bilatéraux entre les deux blocs. Il instaure également des règles communes dans des domaines tels que le commerce des biens industriels et agricoles, les investissements, les normes réglementaires et le développement durable.

D’un point de vue commercial, les pays du Mercosur s’engagent à supprimer environ 91 % des droits de douane appliqués aux produits européens, tandis que l’Union européenne prévoit d’éliminer près de 92 % des droits de douane pesant sur les biens sud-américains. Dans de nombreux secteurs, cette libéralisation sera progressive et pourra s’étendre sur une période pouvant aller jusqu’à 15 ans, permettant ainsi une adaptation graduelle des marchés.

Pour les investisseurs européens, et en particulier pour les entreprises déjà présentes au Brésil ou souhaitant y renforcer leur implantation, l’accord revêt une importance particulière. Selon les données de la Commission européenne, le Brésil représente plus de 80 % des importations européennes en provenance du Mercosur et environ 79 % des exportations du bloc sud-américain à destination de l’Union européenne.

À cet égard, des études économiques suggèrent que l’accord pourrait favoriser une augmentation des investissements étrangers dans le pays, notamment grâce à la réduction du coût d’importation de machines, d’équipements industriels, de produits pharmaceutiques, de produits chimiques, de vins, de fromages et d’autres biens européens actuellement soumis à des droits de douane élevés sur le marché brésilien.

Un autre point d’intérêt pour les entreprises étrangères concerne l’ouverture des marchés publics. L’accord crée les conditions permettant aux entreprises européennes de participer aux appels d’offres dans les pays du Mercosur, y compris sur le marché fédéral brésilien. Il vise également à garantir un accès plus durable à certaines matières premières considérées comme stratégiques pour les transitions énergétique et numérique, telles que le niobium, dont le Mercosur est le principal fournisseur pour l’Union européenne.

Sur le plan réglementaire, l’accord réaffirme que seuls les produits respectant les normes sanitaires et de sécurité alimentaire de l’Union européenne pourront accéder au marché européen, préservant ainsi les standards réglementaires du bloc. Cet aspect est particulièrement important pour les entreprises européennes déjà habituées à opérer selon ces exigences.

Au-delà des aspects économiques, le traité intègre également des engagements en matière de développement durable, de mise en œuvre de l’Accord de Paris, de protection de l’environnement, de droits du travail et de conduite responsable des entreprises. Ces éléments traduisent la volonté d’aligner la libéralisation des échanges commerciaux sur des valeurs et des normes communes aux deux blocs.

Malgré sa signature, l’accord n’est pas encore entré en vigueur. Pour produire pleinement ses effets juridiques, il devra être ratifié par les parlements nationaux des pays du Mercosur ainsi que par le Parlement européen. Ce processus s’annonce politiquement sensible, notamment dans certains États membres de l’Union européenne, tels que la France. Dans un développement récent, le 21 janvier, le Parlement européen a décidé de saisir la Cour de justice de l’Union européenne. Bien que cette démarche n’ait pas d’effet suspensif, elle écarte en pratique toute application immédiate de l’accord et pourrait en retarder la mise en œuvre.

Parallèlement, la possibilité d’une application provisoire de certaines parties du traité est à l’étude, notamment celles relatives à la réduction des droits de douane, ce qui pourrait permettre d’anticiper certains de ses effets économiques.

Pour les entreprises et les investisseurs ayant des intérêts au Brésil, le suivi attentif du processus de ratification et de mise en œuvre de l’accord sera essentiel afin d’évaluer les opportunités, les risques et les stratégies à moyen et long terme.

Rédigé par Eduardo Grandchamp – French Team